detournement d'un Kevazingo dans le woleu-ntem, Gabon @timesinfos2

Gabon : Le « voyage inexplicable » d’un Kévazingo !

    Le « vol » d’un Kévazingo défraie actuellement la chronique dans la province du Woleu-Ntem, au Nord du Gabon. Le bois qui est parti de Bitam mi-décembre a traversé tous les postes de contrôle des Eaux et Forêts pour atterrir dans une scierie de Mitzic, plus de 200 km plus loin, avec, semble t-il, la complicité d’un agent de l’administration en charge des forêts. Le scandale ayant éclaté, les défenseurs de l’environnement demandent réparation.

    L’information est très vite parvenue à l’ONG Conservation Justice présente dans la région du Nord Gabon par le biais d’une antenne à Oyem et d’une activité régulière. Elle fait alors état du vol d’un Kévazingo, bois noble, précieux et même sacré qui était relativement abondant dans la province mais que le pillage actuel risque de faire disparaître. Les faits se sont déroulés le 14 décembre dernier. Selon certains, le fameux bois était chargé sur un camion en arrêt depuis deux mois et saisi en attendant de remplir toutes les formalités administratives.

    Mais contre toute attente, le camion a quitté le chef-lieu du département du Ntem nuitamment alors même que la loi interdit la circulation des grumiers et autres engins forestiers à partir de 18h, et ce jusqu’au lendemain à 6h. Mais ledit camion a bel et bien quitté Bitam, traversé tous les postes de contrôle situés sur la Nationale 3, passant ainsi Oyem avant d’atteindre Mitzic. Il a terminé son trajet dans une scierie appelée GIB à quelques encablures de la ville (environ 3 à 4 kilomètres). Plus de 200km sans être arraisonné.

    Comment cela a-t-il pu être possible ? Tout semble s’éclaircir quand l’information est complétée pour faire état de l’intervention d’un agent des Eaux et Forêts qui aurait facilité le passage du Kévazingo. Ce dernier aurait donc servi de « pass » à l’engin transportant un bois qui n’avait pas encore, au moment du départ de Bitam, été autorisé à quitter les lieux.

    Le scandale éclate véritablement quand le « propriétaire » du bois volé saisit un huissier de justice pour constater les faits. Ce dernier se rend alors à la scierie GIB accompagné d’un juriste de l’ONG Conservation Justice, ainsi que des « acquéreurs » du bois volé. Dans le feu de l’action, le chauffeur du camion, Steeve Lemanga, ne pouvant pas s’échapper, se livre, de peur de représailles. Il est donc du groupe qui arrive à la scierie.

    Sur les lieux, il est constaté la présence d’un camion de marque Mercedes immatriculé EB-320-AA. Le chauffeur le reconnaît, ainsi que les victimes du vol. Sur les lieux, ils font aussi la rencontre de sieur Huang, le patron chinois de l’entreprise. Sans détour, il lance notamment à l’huissier et au juriste de Conservation Justice : « le camion est arrivé à la scierie à 7h45 .Un agent des Eaux et Forêts a authentifié la validité des documents autorisant le transport du bois. C’est pourquoi, j’ai accepté qu’il soit livré dans ma scierie. Mais je n’en suis pas l’acheteur. Je fais juste la transformation ».  Le discours souffre tout de même d’une certaine ambiguïté. Au cours de l’entretien, il évoque le prénom d’un agent des Eaux et Forêts. C’est lui qui aurait fait passer le bois à tous les postes de contrôle entre Bitam et Mitzic en passant par Oyem. Puis, il se ravise et affirme alors que le propriétaire du bois est un certain Lin qui l’a acheté pour ensuite le rendre exploitable en obtenant des documents administratifs vérifiés alors par l’agent Rodrigue.

    Cet agent ne va pas démentir les faits. Il a bien vérifié l’authenticité des documents présentés prenant ainsi la décision de laisser passer le camion chargé.

    Selon le chauffeur du camion, les exploitants illégaux seraient nommés Achille, Isaac, Allogo et Parfait. Il affirme surtout que la transaction commerciale du bois s’est faite au bureau du responsable de la scierie. Il déclare qu’il a reçu d’un certain Parfait le montant de 4 200 000 Francs CFA comme frais de location. Le même Parfait lui aurait dit que le bois aurait été vendu à 16 millions.

    Mais l’énigme reste entière. Surtout que le bois avait été saisi et ne pouvait donc pas être déplacé. Pour être plus précis, aucun bordereau de roulage n’aurait été délivré. L’agent n’avait aucune raison de laisser passer le camion.

    Désormais, les défenseurs de l’environnement réclament que des sanctions soient prises. Ils estiment que le camion a circulé en violation non seulement de la réglementation sur les horaires de circulation des camions mais également des instructions du ministre. Surtout que le bois avait été saisi ! Ils constatent aussi que l’administration n’a toujours pas constaté le caractère illégal du transport du kevazingo par les contrevenants ni saisit le parquet, à défaut du règlement transactionnel, afin que ces derniers soient, selon les cas, poursuivi pour exploitation illégale, vol et même pour association de malfaiteurs et corruption.

    Par ailleurs, il est important de souligner que les agents des Eaux et Forêts sont des officiers de police judiciaire. Et qu’à ce titre, ils doivent constater les infractions au règlement forestier (art. 263 du Code Forestier ; 262 du Code Forestier et 25 du Code de Procédures Pénales).

    Il reviendrait à l’administration et la justice de prouver les responsabilités de chacun et les éventuelles complicités. Pour l’heure, il faut constater, amèrement, que le Kévazingo reste pour les exploitants véreux une belle « proie » et les mesures de protection prises par le gouvernement ne sont généralement pas appliquées. Alors, y aura-t-il des sanctions ?

     

    Times Infos

    Par M.S