L’exploitation forestière au Gabon : Emmanuel Nkoulou dans la ligne de mire de la justice !

    Emmanuel Nkoulou vient de passer vingt-quatre heures en garde à vue dans les geôles du parquet de la République d’Oyem, dans la province du Woleu-Ntem. L’exploitant forestier est accusé avant tout d’avoir tenu des propos diffamatoires à l’endroit du Procureur Général d’Oyem dans une sordide affaire de récupération frauduleuse de bois saisi par l’administration des Eaux et Forêts.

    Selon des sources proches du dossier, Emmanuel Nkoulou a tenté de s’accaparer d’une bille de Kévazingo coupée et chargée sur un camion à  Bitam par un autre exploitant. Pris en flagrant délit de tentative de « vol », il aurait alors accusé le Procureur général de lui avoir donné l’autorisation de récupérer la bille. L’information étant parvenue à ce dernier à Oyem, il a donné l’ordre au Procureur de la République de le garder à vue pour diffamation.  Nous sommes alors le 5 janvier. Cela n’a pas duré bien longtemps. Il a été relâché le lendemain. En vérité Emmanuel Nkoulou n’a pas été placé pour l’acte frauduleux qu’il a commis à Bitam mais seulement pour ses accusations « graves » portées sur la personne du Procureur général.

     Qu’est-ce qui est donc fait de la tentative de vol dont s’est rendu coupable Emmanuel Nkoulou? 

    Deux semaines avant les faits, une autre bille de Kévazingo chargée et saisie par les Eaux et Forêts et appartenant visiblement au même exploitant que Nkoulou a tenté de flouer avait réussi à quitter Bitam pour se retrouver dans une scierie de Mitzic avec la complicité d’un agent des Eaux et Forêts. Toutes les personnes citées dans l’affaire ont été convoquées par le parquet d’Oyem. Du conducteur du camion qui a transporté la bille au patron de la scierie qui l’a  transformée.

    Comment expliquer alors qu’Emmanuel Nkoulou ne soit pas plus inquiété que ça? 

    Certaines sources indiquent que l’administration des Eaux et Forêts doit encore à l’exploitant plus de 80m3 de bois suite à une affaire tout aussi floue qui date de quelques années. L’illégalité de ces ventes de bois avait pourtant été démontrée et cela avait même conduit à des arrestations. Et cela justifie t’il le fait que Emmanuel Nkoulou continue à récupérer, couper ou voler des billes qui ne sont pas les siennes?

    Autant de questions que la justice doit se poser. Pour rendre sans doute justice aux populations du Woleu-Ntem et surtout d’Oyem qui ont vu des Kévazingo « Oveng » sortir de leurs forêts sans savoir comment et sans que Emmanuel Nkoulou ne soit poursuivi.

    Sans doute l’exploitant forestier autochtone le plus en vue dans le Nord du pays. Emmanuel Nkoulou s’est rendu célèbre par les nombreux scandales qu’il a déclenchés ces dernières années sans jamais être réellement inquiété, échappant même à des juges d’instruction sans jamais être rappelé ou interpellé. Son « péché mignon »? La vente de Kévazingo et l’enrichissement illicite avec le bois illégal. Ce grand intérêt pour ce bois noble dont la valeur marchande défie tout ce que l’on peut imaginer aujourd’hui dans le secteur forestier a fait d’Emmanuel Nkoulou le « spécialiste du Kévazingo ».

    Mais le bois qui appartient au patrimoine culturel des Fang, groupe ethnolinguistique dont il est issu, et qui est en même temps marqué du sceau de la rareté est devenu l’objet de plusieurs conflits, mettant aussi à mal l’administration des Eaux et Forêts qui n’a jamais su réguler l’exploitation de cette essence.

    Emmanuel Nkoulou a fait l’objet de poursuites judiciaires en 2016 et même avant. Les populations du village Zanangué Yenguign dénonçaient le fait que l’exploitant qui est par ailleurs un neveu du point de vue traditionnel ait coupé plus de 5 mille m3 de bois avec un permis épuisé. Fin 2015, il avait aussi été interpellé dans le cadre des opérations menées contre l’exploitation forestière illégale et qui avait amené notamment à l’arrestation du directeur provincial. Il s’était ensuite écroulé, simulant peut-être un malaise qui avait amené les autorités à l’Interner à l’hôpital d’Oyem puis transférer vers Libreville, avant de disparaître mystérieusement. Étonnant tout de même qu’après son retour à Oyem, l’homme n’ait pas été rappelé pour la suite de l’enquête sur ces différentes affaires.

    Mais il faut bien rappeler qu’Emmanuel Nkoulou est une pièce d’un système d’exploitation forestière illégale qui implique aussi bien les Gabonais que les Chinois, les Camerounais et Libanais, entre autres. Ce système met aussi bien en cause les villageois que les autorités administratives. Même les forêts communautaires qui doivent servir les communautés villageoises sont exploitées illégalement et industriellement par des sociétés à capitaux chinois ou gabonais pour le seul bénéfice de quelques personnalités issues De ces communautés.

    De fil en aiguilles, il faut constater que la fraude est une pratique courante qui n’épargne personne ou presque. C’est ce qu’ont découvert et dénoncé les CAF, Conservation Justice, Brainforest et autres.

     

    Times Infos

    Par S.M

     

     




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